André Breton : Écoute au coquillage

Léopold Morice – Fillette à la coquille, Pont Alexandre III, Paris, France (de Wikimedia Commons)

J’ai expliqué précédemment qu’André Breton ne croyait pas aux capacités des enfants, il nia d’emblée que Minou Drouet eut pu écrire ses poèmes à 8 ans, et j’ai présenté un de ses rêves où des fillettes apparaissent infantiles et d’une certaine façon effrayantes.

Probablement la seule fillette qu’il aima fut sa propre fille Aube. Dans son livre L’amour fou il relate sa rencontre avec Jacqueline Lamba le 29 mai 1934, dans un climat étrange de prémonitions et de symboles. Les deux tombèrent follement amoureux et se marièrent le 14 août. Leur fille Aube naquit le 20 décembre 1935, et Breton s’attacha à son enfant.

Le 12 août 1936, Breton envoya de Paris une lettre à sa fille Aube, alors âgée de presque 8 mois. Celle-ci commençait par le jeu de mot Chère Écusette de Noireuil. Cette lettre servit de base au chapitre VII de L’amour fou, se présentant alors comme une lettre qu’elle devrait lire à l’occasion de ses 16 ans ; commençant également par Chère Écusette de Noireuil, elle se termine par

Je vous souhaite d’être follement aimée.

Breton écrivit de nombreuses lettres à sa fille, elles ont été publiées chez Gallimard en 2009. Le poème suivant, se présentant comme une lettre de Breton à Aube, fut écrit sur mer le 17 mars 1946, entre La Havane et La Nouvelle Orléans. On le trouve dans le recueil Signe ascendant dans la collection Poésie chez Gallimard. Une transcription suivant cette édition (mais sans les italiques) se trouve sur agonia. Une transcription d’après le manuscrit original, légèrement différente de la version publiée, est donnée dans le site web consacré à Breton.


ÉCOUTE AU COQUILLAGE

Je n’avais pas commencé à te voir tu étais AUBE

Rien n’était dévoilé
Toutes les barques se berçaient sur le rivage
Dénouant les faveurs (tu sais) de ces boîtes de dragées
Roses et blanches entre lesquelles ambule une navette d’argent
Et moi je t’ai nommée Aube en tremblant

Dix ans après
Je te retrouve dans la fleur tropicale
Qui s’ouvre à minuit
Un seul cristal de neige qui déborderait la coupe de tes deux mains
On l’appelle à la Martinique la fleur du bal
Elle et toi vous vous partagez le mystère de l’existence
Le premier grain de rosée devançant de loin tous les autres follement irisé contenant tout

Je vois ce qui m’est caché à tout jamais
Quand tu dors dans la clairière de ton bras sous les papillons de tes cheveux
Et quand tu renais du phénix de ta source
Dans la menthe de la mémoire
De la moire énigmatique de la ressemblance dans un miroir sans fond
Tirant l’épingle de ce qu’on ne verra qu’une fois

Dans mon coeur toutes les ailes du milkweed
Frêtent ce que tu me dis

Tu portes une robe d’été que tu ne te connais pas
Presque immatérielle elle est constellée en tous sens d’aimants en fer à cheval d’un beau rouge minium à pieds bleus


Sur le site consacré à Breton, on trouvera une photo d’André Breton avec sa fille Aube (ici), ainsi qu’une d’André Breton avec Jacqueline Lamba et Aube (ici).

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