Nicolas Boileau : Amitié Fidèle

Dead girl - from mourningportraits.blogspot.fr

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Dans un article d’avril 2015 j’ai présenté un sonnet de Nicolas Boileau, dit aussi Boileau-Despréaux, écrivain et critique français né le 1er novembre 1636 et mort le 13 mars 1711. Celui-ci se lamentait sur la mort d’une parente bien-aimée aux mains d’un charlatan. Je présentais celle-ci comme une petite fille aimée par un adolescent. Or la correspondance de Boileau montre que s’il s’agissait bien d’une amie d’enfance, elle avait cependant à peu près le même âge que lui, et qu’elle mourut à 18 ans.

Dans sa Lettre XXIII à Brossette, datée du 15 juillet 1702 (Oeuvres complètes de Boileau Despréaux, Tome Troisième, chez Mame frères, 1809, page 235), Boileau écrit :

Pour ce qui est des particularités dont vous me demandez l’éclaircissement, je vous dirai que le sonnet a été fait sur une de mes nièces qui étoit à peu près du même âge que moi, et que le charlatan étoit un fameux médecin de la Faculté. Elle était sœur de M. Dougois greffier, et avoit beaucoup d’esprit. J’ai composé ce sonnet dans le temps de ma plus grande force poétique, en partie pour montrer qu’on peut parler d’amitié en vers aussi bien que d’amour, et que les choses innocentes s’y peuvent aussi bien exprimer que toutes les maximes odieuses de la morale lubrique des opéras.

La version originale du poème, en vieux français, a été publiée dans Oeuvres de Nicolas Boileau Despréaux, Tome Premier, chez David Mortier, 1718, dans la partie “Odes, Epigrammes et Poésies,” page 394. Il fait suite à un autre sonnet assez semblable (page 393), titré “Sur la mort d’une Parente.” À son propos, Boileau écrit dans sa Lettre L à Brossette, datée du 24 novembre 1707 (Oeuvres complètes de Boileau Despréaux, Tome Troisième, chez Mame frères, 1809, page 294) :

Pour ce qui est du sonnet, la vérité est que je le fis presqu’à la sortie du collège, pour une de mes nièces, environ du même âge que moi, et qui mourut entre les mains d’un charlatan de la faculté de médecine, âgée de dix-huit ans. Je ne le donnai alors à personne, et je ne sais pas par quelle fatalité il vous est tombé entre les mains, après plus de cinquante ans qu’il y a que je le composai. Les vers en sont assez bien tournés, et je ne le désavouerois pas même encore aujourd’hui, n’étoit une certaine tendresse tirant à l’amour qui y est marquée, qui ne convient point à un oncle pour sa nièce, et qui y convient d’autant moins que jamais amitié ne fut plus pure, ni plus innocente que la nôtre. Mais quoi! je croyois alors que la poésie ne pouvoit parler que d’amour. C’est pour réparer cette faute et pour montrer qu’on peut parler en vers même de l’amitié enfantine, que j’ai composé, il y a environ quinze ou seize ans, le seul sonnet qui est dans mes ouvrages, et qui commence par :
♥ Nourri dès le berceau près de la jeune Orante, etc.

Les versions récemment publiées du poème lui donnent le titre “Amitié Fidèle” et indiquent l’année 1654 pour la mort de cette nièce bien-aimée, donc quand le poète avait 18 ans.

Amitié Fidèle
par Nicolas Boileau

Parmi les doux transports d’une amitié fidèle,
Je voyais près d’Iris couler mes heureux jours.
Iris que j’aime encore, et que j’aimerai toujours,
Brûlait des mêmes feux dont je brûlais pour elle.

Quand, par l’ordre du Ciel, une fièvre cruelle
M’enleva cet objet de mes tendres amours ;
Et, de tous mes plaisirs interrompant le cours,
Me laissa de regrets une suite éternelle.

Ah ! qu’un si rude coup étonna mes esprits !
Que je versai de pleurs ! que je poussai de cris !
De combien de douleurs ma douleur fut suivie !

Iris, tu fus alors moins à plaindre que moi.
Et, bien qu’un triste sort t’ait fait perdre la vie,
Hélas ! en te perdant j’ai perdu plus que toi.

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One thought on “Nicolas Boileau : Amitié Fidèle

  1. Quoi qu’il en soit, il ne fait pas le moindre doute que la pièce fait allusion à un amour qui débuta dès l’enfance, comme le prouvent de façon parfaitement explicite les toutes premières lignes de cette poésie. “lié par le coeur” indique un sentiment amoureux, qui n’est nullement incompatible avec l’amitié, les deux sentiments étant souvent indifférenciés chez les jeunes enfants…
    Nourri dès le berceau près de la jeune Orante,
    Et non moins par le coeur que par le sang lié,
    A ses jeux innocents enfant associé,
    Je goûtais les douceurs d’une amitié charmante : (…)
    Oeuvres Complètes de N. Boileau, précédées de la vie de l’auteur, d’après des documents nouveaux et inédits,
    par M. Edouard Fournier. Paris, Laplace, Sanchez et Cie, Editeurs, 1873.

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