Fleurs déchaînées

Cicely Mary Barker - A Flower Fairy Alphabet: The Fuchsia Fairy (1934)

Cicely Mary Barker – A Flower Fairy Alphabet: The Fuchsia Fairy (1934)

L’amour est vierge, surtout après avoir fait l’amour. D’où l’on voit l’inanité des efforts frénétiques pour empêcher les enfants d’en faire l’expérience, sous prétexte qu’ils seraient innocents : car l’amour représente la chose la plus innocente qui soit.

L’amour, comme les enfants, ne se projette pas dans le temps. Amour d’un jour, ou amour de toute une vie, quelle différence ? Car la vie n’est qu’un jour comme les autres, un fugitif instant à jouir de toute éternité, passé-présent-futur.

Les adultes ne savent pas faire l’amour, ils font uniquement les chagrins d’amour, les rancœurs des cœurs brisés. Ils veulent toujours en avoir pour leur temps, comptabilisant le nombre de résultats acquis par unité de drague.


Extrait du film documentaire D’Amore Si Vive par Silvano Agosti (1984)

Les adultes se prennent au sérieux, ils se croient intelligents, sages et posés, ne remarquant en rien leur ridicule. Despote pitoyable aux armes larmoyantes, Saint-Pol-Roux, le Pape, s’empêtre à l’issue d’un dîner de têtes: « Qu’on se le dise, qu’on se le répète, j’ai raison, à perpète, et je pète ! »

Le temps… Le temps se moque de l’amour. Le temps se moque des vierges, il les déflore toutes, après leur mort s’il le faut. Le temps tue à la longue… mais il est devenu célèbre ! Le temps a mis son caleçon vert pour aller à l’école. Il y apprend de belles choses, comme sa vie et ses œuvres.

Cicely Mary Barker - A Flower Fairy Alphabet: The Fuchsia Fairy (1934)

Cicely Mary Barker – A Flower Fairy Alphabet: The Fuchsia Fairy (1934)

Ce matin j’ai rendez-vous avec Estelle, ma bien-aimée supra-luminique et instantanée. Elle m’accueille joyeusement:

candy_corn16– Mon amour, mon extincteur biologique, mon levier d’Archimède, mon arrosoir hebdomadaire, mon assurance-vie sanguinaire ! Ce matin le suicidé s’est levé pour prendre son café.

rose– Merveilleuse demoiselle, étoile scintillante de mes désirs, bonheur des alouettes ! Marchons ensemble sur cette plaine dévastée, les arbres déracinés répandus sur notre route témoigneront des désordres de la pensée contemporaine, politique bouseuse répandant ses détritus ouest, nord, sud et est. La philosophie progressant avec le mouvement des pieds, je me réjouis d’avance de nos sublimes découvertes.

candy_corn16– Les philosophes, amis de la sagesse, sont donc devenus amis des pieds, podophiles. J’aime ça. Puis nous aurons des cors à la sagesse, que nous ferons soigner par des petites Sophies, très mignonnes.

rose– Les fillettes, si mignonnes, sont les meilleures soignantes. Mes pieds les réclament. Nous allons et venons sur la plaine bouseuse, cherchant désespérément les petites Sophies qui décrotteront nos chaussures et soulageront nos douleurs spirituelles.

Elle se tourne vers moi et me regarde dans les yeux.

candy_corn16– C’est un concours d’accordéon, inspiration, expiration. Lou… Lodjès ! Willi… Staquet ! Ramon… Carrigou ! Mmhh… Mmhhouk !

girl-touches-moon

Demain Estelle m’apprendra de nouvelles choses. Elle me prendra par la main et me déposera un hérisson sur la tête afin de m’enseigner la nature des passsions. Elle me chuchotera de tendres vérités dans les narines. Et je serai là comme un idiot à faire semblant de ne pas comprendre. Les fanatiques aigris nous regarderont avec jalousie. Ils recevront des grenouilles sur la tête. Nous rierons de nous-mêmes à 9h15, 12h45 et 19h30, et des autres le restant de la journée. Ainsi va la vie… C’est une impasse débouchant sur la mort…

rose– Ma belle, je connais trop bien vos cris d’amour sous la lune, et je ne compte pas vous décevoir. Leçon du corps raisonne dans la plaine, cygne de ralliement.

candy_corn16– Oui, aimez-moi avec frénésie, je ne veux plus être ménagée. Je déambule en compagnie d’un écrivain très phlou mais pas phou… cependant bien trop sage.

Estelle relève soudain sa jupe multicolore et crie : « ZAC-ZAC fit l’igloo pris au piège ! »

Adalen, 1933. Les chasseurs tendent un piège à l’igloo qui crie sa détresse. La bête se débat avec l’énergie du désespoir. Mais voici qu’apparaît Nottingham Hill, le roi des igloos, celui qui construit des maisons de glace à défaut de verre fondant. Armé de son glaive de porcelaine, il chasse les prédateurs enneigés.
— Je fonds de bonheur, dit l’igloo.
— Tu me mouilles la barbe ! répond son sauveur.
Peine perdue ! Les igloos sont morts sans voir le jour…

Estelle me sourit avec malice.

Alex Stevenson Diaz - Young Girl - from iamachild.wordpress.com

Alex Stevenson Diaz – Young Girl – from iamachild.wordpress.com

candy_corn16– Tu as aimé ça ? Révélation sous la canopée : les étoiles baissent leur pantalon et dévoilent leur virginité aux spectateurs émerveillés du monde entier !

rose– Le triomphe de la vertu ! Les vestales marchent au pas !

Rivières enflammées !
J’étreins ma bien-aimée.
Un amour fidèle
Étend là ses ailes.

candy_corn16– La troupe défile au son du clairon, trois mille bites marchent au pas… Embrasse-moi avec fougue, fais moi exploser, que disloquée je connaisse l’extase dans le satin bleu. Comme dans les comptes de faits.

rose– Un jour, un amour, une larme blanche qui coule sur les désirs… Tes jardins chastes et dépucelés, un amas de draps et de caresses, me voici pris dans tes humides désirs.

Tes lèvres sanglantes,
Tes lèvres moirées,
Tes dents d’ébène,
Tes dents de minium,
Ta tendre bouche
Au sourire de pêche,
Tes yeux d’airelle des bois,
Tes cheveux-catapulte,
Tes oreilles-nénuphar,
Ton nez-coléoptère,
Tes seins en coucher de soleil,
Ton sexe en langue de bois,
Me tiennent captif pour l’éternité.

Michael G. Laster - Spring Fever - from Childhood in Art

Michael G. Laster – Spring Fever – from Childhood in Art

candy_corn16– Mes seins assoiffés d’eau froide sous le pull réclament ta passion. Sucer la lumière de tes cheveux et les rides de soie sous tes paupières, dormir dans tes yeux de verre, écouter le son de tes mains diaphanes sous la pluie, mes désirs m’emportent dans les rêves de ton cœur.

Mon aimé !
Je te vois,
Je t’entends, oui !
Je te touche avec passion…
Je m’enivre de ton odeur,
Je goûte profondément aux douceurs de ta chair,
Je meurs dans tes bras
Et deviens ainsi éternelle.

rose– La couleur sanglante de ses cheveux sous les buissons aux airelles décapitées, rivières déchaînées de passion, j’explose dans les bras de ma belle quand elle crie ‘Aroun’ à la lune. Voici venir le temps de la mort des illusions perdues.

Trois mille oiseaux de feu
Chantent par ta bouche,
Je bois ton gazouillis,
Je me laisse engloutir
Par tes lèvres en fleur.

Mort sanglante des illusions !
Les gibets se tordent de douleur, le mort-vivant regarde la chaise.
Les enfants se mettent en sang devant la maîtresse.
L’escargot crie ‘Und Tä Kratzz’ et se suicide en se jetant dans un verre de vin blanc.
Le décapité a bu son jus d’orange.

Les Dieux sortent toujours
Après minuit.
Quand il fait jour,
Ils dorment,
Ils mangent,
Ils sonnent
Le carreau
Des désirs
Impubères.
Ils ne sortent qu’après minuit,
Quand le petit pipi
A fait sa prière.

Le soleil halluciné boit du vin à la santé du Pape Saint-Pol-Roux.

Le merveilleux appartient aux enfants.
Les mystères ont été inventés par les adultes.

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