Vassili, l’amour rêvé de Sabine Sicaud

Sabine Sicaud vers 14 ou 15 ans – photo sur sabinesicaud.com

Un jour d’été 1927, la poétesse Sabine Sicaud, âgée de 14 ans, se blesse au pied lors d’une baignade dans le Lot. La blessure s’infecte, et une sorte de gangrène, l’ostéomyélite, va se répandre dans son corps. Pendant un an, cette maladie lui fera subir des souffrances atroces, qu’elle exprimera dans des poèmes poignants comme Douleur, je vous déteste et Ah ! Laissez-moi crier. Ce long calvaire se terminera par sa mort à 15 ans le 12 juillet 1928.

Pendant ses derniers jours, clouée dans son lit et attendant la mort comme une délivrance, la jeune fille va s’inventer un compagnon imaginaire, un cavalier nommé Vassili, et elle écrira de courts poèmes en prose tournant autour de leur relation. Ceux-ci ont été rassemblés sous le titre Feuilles de carnet.

J’en ai sélectionné quatre, qui me semblent les plus intimes. L’ordre de présentation est de mon choix.

Ne regarde pas si loin, Vassili, tu me fais peur.
N’est-il pas assez grand le cirque des steppes ?
Le ciel s’ajuste au bord.
Ne laisse pas ton âme s’échapper au delà comme un cheval sauvage.
Tu vois comme je suis perdue dans l’herbe.
J’ai besoin que tu me regardes, Vassili.

La main des dieux, tu peux refuser de la prendre.
La main du mendiant, tu peux aussi.
Toutes les mains qui frôleront la tienne, tu peux les oublier.
La main de ton ami, ferme les doigts sur elle, et serre-la si fort
que le sang de ton cœur y batte avec le sien au même rythme.

Ne parle pas d’absence, toi qui ne sais pas.
Mets seulement ta joue contre la mienne.
As-tu jamais interrogé la porte qui doit s’ouvrir pour le retour
et désespéré… ?
As-tu jamais au petit jour songé qu’on pourrait
ne plus se revoir peut-être et imaginé ?…
Serre-moi plus fort.
Nos deux ombres séparées, que deviendraient-elles ?

N’oublie pas la chanson du soleil, Vassili.
Elle est dans les chemins craquelés de l’été,
dans la paille des meules,
dans le bois sec de ton armoire,
…si tu sais bien l’entendre.
Elle est aussi dans le cri du criquet.
Vassili, Vassili, parce que tu as froid, ce soir,
Ne nie pas le soleil.

Notice bibliographique:

Sabine Sicaud, née en 1913, publia en 1926 dans la revue Les Cahiers de France son premier recueil de vers, Poèmes d’enfant ; celui-ci fut préfacé par l’écrivaine Anna de Noailles. Après la mort de Sabine en 1928, sa mère Marguerite Ginet-Sicaud rassembla ses poèmes et s’efforça de les faire publier. Ainsi en 1958 son ami François Millepierres publia chez Stock Les poèmes de Sabine Sicaud, qu’il préfaça. Ces deux volumes sont auhourd’hui quasiment introuvables.

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En 1996, Odile Ayral-Clause publia Sabine Sicaud : Le rêve inachevé chez Les Dossiers d’Aquitaine, Bordeaux. Ce volume contient la majorité des poèmes. L’auteure a recueilli les commentaires des dernières personnes à avoir connu la famille Sicaud. Ainsi elle présente par chapitres successifs la vie et les poèmes de Sabine dans un ordre chronologique. Mme Ayral-Clause m’a gracieusement offert un des derniers exemplaires qui lui restaient de son livre, qui m’a aidé dans la rédaction de cet article.

Enfin, le site web consacré à Sabine Sicaud qu’anime Guy Rancourt comprend, outre les poèmes de Sabine, une quantité impressionnante d’informations, dont des reproductions de nombreux documents consacrés à cette poétesse trop peu connue.

Notons également deux essais sur le web : Sabine Sicaud ou le rêve inachevé par Yves Heurté (octobre 2005), basé sur le livre de Mme Ayral-Clause, et Sabine Sicaud, reine oubliée par François Leturcq (2005).

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