Jean Aicard : Nous sommes sept

Frederick Sandys - The Little Mourner engraved by the Dalziel Brothers (1862)  - The Tate Gallery

Frederick Sandys – The Little Mourner engraved by the Dalziel Brothers (1862) – The Tate Gallery

Le poème Nous sommes sept de Jean Aicard fait partie du recueil La Chanson de l’Enfant. Une petite fille y parle de sa famille, en particulier de son frère et de sa sœur tous deux morts et enterrés près de sa chaumière, mais qui font toujours partie de sa famille, au même titre que les vivants.

NOUS SOMMES SEPT

D’APRÈS WORDSWORTH

Un enfant qui naît à la vie,
Et, quoique tendre, déjà fort,
Les membres sains, l’âme ravie,
Que peut-il savoir de la mort ?

Une pauvre enfant de chaumière
Hier vint à moi ; l’air vagabond ;
Ses blonds cheveux pleins de lumière
Tombaient en grappes sur son front.

On eût dit une fleur sauvage ;
Ses habits étaient en lambeaux ;
Huit ans : elle me dit son âge ;
Et ses yeux étaient beaux, très beaux.

Tout content de la voir si belle :
« Frères et sœurs, dis-moi cela,
Combien êtes-vous? » — « Sept, » dit-elle,
Et son œil étonné brilla.

« Où sont-ils? » — « C’est sept que nous sommes ;
Deux sont à Cornway, n’est-ce pas ?
Les deux autres, qui sont des hommes,
Sont partis pour la mer, là-bas.

« Deux sont couchés au cimetière,
Mon frère et ma sœur, tous les deux ;
Moi, monsieur, je suis la dernière ;
Ma mère et moi vivons près d’eux. »

— « Deux sont à Cornway, ma chérie
Deux en mer ; vous dites pourtant :
« Nous sommes sept ! » Mais, je vous prie,
Expliquez-vous, en bien comptant.

« Deux sont couchés au cimetière :
Vous n’êtes donc pas sept ! » — « Mais si !
Voyez, près de notre chaumière :
On peut voir leur tombe d’ici.

« Regardez comme l’herbe est haute
Sur la tombe verte au soleil !
On les a couchés côte à côte,
Pour qu’ils aient chaud dans leur sommeil.

girl next to a gravestone - from sefreephotography.blogspot.fr

girl next to a gravestone – from sefreephotography.blogspot.fr

« Souvent, près d’eux, assise à terre,
Je chante en tricotant mes bas,
Comme pour eux chantait ma mère,
Afin qu’ils ne s’éveillent pas.

« Parfois, quand la soirée est belle,
Près d’eux, pour manger mon dîner,
J’apporte ma petite écuelle,
Mais je ne peux rien leur donner… »

A ce mot, je voulus lui dire
D’où vient la mort et ce que c’est ;
Mais elle, avec son frais sourire :
« Oh ! non, monsieur, nous sommes sept ! »

Source : Jean Aicard, La Chanson de l’Enfant, 7ème édition, 1885. Versions sur Internet : 7ème édition sur archive.org, 8ème édition sur Gallica.

Advertisements

One thought on “Jean Aicard : Nous sommes sept

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s