Eva, fille adorable et robot défectueux

This is a slightly extended French translation of an article in Pigtails in Paint.

Eva est un film espagnol réalisé par Kike Maíllo et généralement considéré comme de la science-fiction. En apparence il traite de robotique, on y voit plusieurs robots animés remplissant divers rôles, de réceptionniste à animal de compagnie, mais pour moi cela semble de l’ostentation. Il y a néanmoins un aspect poétique en eux, car ils peuvent être désactivés par la phrase « Que vois-tu quand tu fermes les yeux ? »

Puis il y a Max, le parfait maître d’hôtel, cuisinier et nettoyeur à apparence humaine, brillamment joué par Lluís Homar, qui de façon anticipée prend soin de tout dans la maison, sans avoir besoin d’ordres, et peut même adapter son niveau émotionnel pour convenir aux besoins de son client ; cependant, sa personnalité semble trop parfaite pour capter notre intérêt.

Il y a également plusieurs discussions sur la science entre les personnages adultes : Julia (Anne Canovas), directrice du programme de recherche en robotique, Álex (Daniel Brühl), le chercheur qui abandonna le projet pendant dix ans, son frère David (Alberto Ammann), et Lana (Marta Etura), l’ancien amour d’Álex habitant maintenant avec David. Dans une large mesure, je trouve leur discours pédant, il semble que les scénaristes et le réalisateur Kike Maíllo ne connaissent rien à la science et aux personnes qui y travaillent.

Kike Maíllo - Eva

Kike Maíllo – Eva

D’ailleurs le film montre une interface informatique formé de boules brillantes de verre, semblables aux décorations d’arbre de Noël, chaque boule correspondant à un aspect de la personnalité du robot, comme la curiosité, l’orgueil, etc., et le concepteur peut changer leur taille pour modifier cet aspect de la personnalité du robot. Le réalisateur Kike Maíllo semble très fier de cet artefact, car il l’utilise comme arrière-plan du générique. Dans une interview avec Abus de Ciné, le journaliste demande d’où lui est venue cette idée, et Maíllo répond :

« Ceci vient d’une science nommée la “phrénologie”, datant du début du XIXe siècle, qui affirme que chaque partie du cerveau est affectée à une capacité ou un sentiment : savoir distinguer les couleurs, la gentillesse, l’empathie… On peut ainsi poser des pièces, les agrandir, les mettre en relation, pour créer la personnalité du robot. »

Kike Maíllo - Eva

Kike Maíllo – Eva

En fait, la phrénologie est une pseudo-science complètement discréditée, basée sur les deux fausses suppositions que les différentes aires du cerveau correspondent à des traits psychologiques ou des capacités cognitives, et que leurs tailles se reflètent dans la forme du crâne (d’où la soi-disant « bosse des maths » en langage populaire). Décidément, Kike Maíllo ne comprend pas la science.

À côté de la robotique, il y a quelques amourettes entre adultes, avec le triangle formé des deux frères et de la femme que tous deux aiment. Cependant je trouve que cet aspect du film distrait le spectateur de l’histoire réelle.

Alors où est l’intérêt du film ? Dans Eva, une fascinante fille de dix ans incarnée par la belle Claudia Vega, et sa relation complexe avec Álex. Elle n’apparaît qu’en cinquième position dans le générique, mais mériterait de figurer en tête (ou juste après Álex / Daniel Brühl), car elle joue un rôle central dans le film.

Kike Maíllo - Claudia Vega (Eva)

Kike Maíllo – Claudia Vega (Eva)

Voici l’histoire. Nous sommes en 2041. Après dix ans d’absence à l’étranger, Álex retourne en Espagne pour reprendre son projet de robot de nouvelle génération indistinguable d’un être humain. Il est accueilli par son frère David, et rencontre à nouveau sa collègue et ancienne amoureuse Lana, qui vit maintenant avec David. Après avoir visité le laboratoire de Julia à l’université et discuté avec elle, Álex décide de travailler sur le projet dans la maison de son père décédé, située hors de la ville, qui possède un laboratoire dans son sous-sol. Max vient prendre soin de ses besoins matériels. Cherchant un modèle pour son robot, il rencontre Eva dans la rue. Étant invité à dîner à la maison de Lana et David, il y découvre qu’Eva est en fait leur fille.

Kike Maíllo - Claudia Vega (Eva) et Marta Etura (Lana)

Kike Maíllo – Claudia Vega (Eva) et Marta Etura (Lana)

Les jours suivants, Eva vient à vélo chez lui, et il commence ses expériences avec elle dans son laboratoire, mesurant ses réactions émotionnelles en vue de concevoir la psychologie de son nouveau robot.

Kike Maíllo - Claudia Vega (Eva)

Kike Maíllo – Claudia Vega (Eva)

Álex commence à s’attacher à elle. Après un flirt avec Lana suivi d’une bagarre avec un David jaloux, Álex est visité dans son laboratoire par Lana qui lui révèle que pendant son absence lors des dix dernières années, elle avait terminé le projet, et qu’Eva en est le résultat, un robot, pas une fille. Mais Eva écoute la conversation depuis la toiture vitrée au dessus du sous-sol.

Kike Maíllo - Claudia Vega (Eva)

Kike Maíllo – Claudia Vega (Eva)

Kike Maíllo - Claudia Vega (Eva)

Kike Maíllo – Claudia Vega (Eva)

Paniquée par cette révélation, Eva s’enfuit dans les montagnes, où elle subit une panne de batterie et tombe inconsciente. Lana la trouve et remplace la batterie. Se réveillant, Eva se sent trahie, et toujours en proie à la panique, elle pousse Lana du haut d’une falaise, puis court vers la maison d’Álex, où Max prend soin d’elle. Alors Julia arrive et dit à Álex que quand Eva fut construite, elle ne passa pas les tests de sécurité, et ainsi elle aurait dû être retirée, mais Lana prit la responsabilité de contourner la procédure et de laisser Eva vivre avec elle. Julia insiste qu’Eva doit être éteinte, disant qu’elle n’est pas un être humain, et qu’elle « n’hésita pas à tuer Lana ». Álex répond qu’il le fera lui-même.

Vient le dernier jour, la partie la plus intéressante du film. Álex salue Eva par un « Bonjour princesse ». Après une sortie à patiner avec Max et regarder les montagnes, où Eva dit à Álex « Je veux devenir une gentille petite fille », ils rentrent à la maison. La scène finale possède un fort fond érotique : dans le laboratoire, Eva tient Álex par la main, va vers un lit, enlève ses chaussures, puis se couche sur la couverture. Tenant la main d’Álex, elle lui raconte comment Lana lui lisait l’histoire des Mille et Une Nuits, à propos d’une princesse que son prince voulait tuer, et comment elle déjoua la mort en lui récitant des histoires interminables nuit après nuit. Elle se serre dans les bras d’Álex, le suppliant de la protéger, et il prononce la phrase fatidique « Que vois-tu quand tu fermes les yeux ? », puis elle s’effondre et commence à rêver qu’elle est en famille avec Álex et Lana.

Kike Maíllo - Claudia Vega (Eva) et Daniel Brühl (Álex)

Kike Maíllo – Claudia Vega (Eva) et Daniel Brühl (Álex)

Dans la relation entre Álex et Eva, il y a des allusions au thème du « prédateur ». La première fois qu’ils se rencontrent, comme il la regarde de sa voiture, elle l’appelle en blaguant « pervers » ; quand il lui donne un seul bonbon, elle le traite en plaisantant de « pervers professionnel ». Elle rappelle également le Petit Chaperon Rouge, d’abord parce qu’elle porte un manteau rouge, ensuite parce que pour visiter Álex dans son laboratoire, elle désobéit à l’ordre de Lana de ne jamais quitter la ville en vélo.

Kike Maíllo - Claudia Vega (Eva)

Kike Maíllo – Claudia Vega (Eva)

Le réalisateur Kike Maíllo a donné plusieurs interviews à des revues de cinéma françaises et espagnoles, et on peut en déduire ses opinions sur l’esprit et le comportement d’Eva.

Dans un entretien avec Cinespagne, le journaliste mentionne qu’Eva « est une femme dans le corps d’une petite fille », et Maíllo dit que « c’est un personnage difficile à définir, car on ne sait jamais où elle en est. Est-ce qu’elle flirte avec Alex ou est-ce qu’elle entretient une relation d’amitié ? »

Dans un autre avec Films-horreur.com, le journaliste dit que « les relations entre Eva et le programmeur sont assez particulières », et Maíllo répond :

« Álex, le programmeur, est en quête d’un modèle pour son robot enfant et il choisit finalement Eva qui n’est pas vraiment une petite fille de 10 ans. En tout cas les blagues qu’elle lance à Alex et ses actions (qui sont aux limites du flirt) ne sont pas du ressort d’une gamine de son âge. Son personnage est écrit comme une femme dans le corps d’un enfant, une Lolita en quelque sorte. »

Dans Fantasy.fr, Maíllo dit :

« Mais parce que c’est une femme dans un corps d’enfant. C’est une Lolita. Ce n’est clairement pas une enfant comme on l’entend. … Pour moi, Álex ne s’intéresse pas aux enfants. Ils l’ennuient. Quand il les voit à l’écran à l’université, il reste indifférent. C’est juste parce qu’elle est très spéciale, qu’elle parle comme un adulte. Elle est capable de comprendre et de jouer avec le mot “pervers” aussi bien qu’une adulte. C’est quelque chose que l’on pourrait entendre dans la bouche d’une ado de 16 ans, pas dans celle d’une gamine de 10. »

Ces mots illustrent la tendance permanente de notre culture à incapaciter et désexualiser les jeunes à des âges de plus en plus élevés. En réalité, les enfants sont très curieux à propos de la sexualité ; ils récoltent n’importe quelle information possible, du bavardage en cour de récréation à Internet. Il y a longtemps, j’ai personnellement entendu un enfant de 8 ans faire une plaisanterie sensée sur les « gouines ». De plus, à 10 ans, les enfants sont capables d’élaborer des jugements rationnels, et leur orientation sexuelle est dans une large mesure fixée. Aussi les adultes sont régulièrement étonnés par les prouesses des pré-adolescents, tombant dans la stupeur et l’émerveillement devant une fille de 11 ans qui se comporta de façon responsable comme une adulte rationnel dans une situation critique et expliqua ensuite qu’elle fit simplement ce qu’elle avait appris, ou devant un jeune de 13 ans qui a réalisé une étude scientifique de qualité conduisant à de véritables applications ; inversement, ils sont à la fois effrayés et fascinés devant les soi-disant « Lolitas », c’est-à-dire les filles qui expriment leur sexualité naturelle.

Dans toutes les cultures pré-industrielles, les adolescents étaient traités comme des adultes de plein droit, et dans de nombreuses sociétés « primitives », les enfants subissaient vers 10 ans une initiation, souvent douloureuse (pour les garçons) ou ennuyeuse (pour les filles), afin de marquer leur passage à l’âge adulte. Il n’y a en fait rien d’anormal dans le comportement d’Eva vis à vis d’ Álex, c’est simplement une fille intelligente et autonome.

Un autre problème est la dureté de la décision de mettre fin à la vie d’Eva parce qu’en tant que robot humanoïde, elle est « dangereuse » et a commis un homicide. En effet, les enfants tuent parfois des gens par accident ou intentionnellement, mais ils ne sont pas tués en retour. Les êtres intelligents artificiels ne bénéficient-ils pas des mêmes droits humains ?

Dans l’interview avec Abus de Ciné, Kike Maíllo affirme :

« Dans mon film, tout le point de vue est porté par l’humain, sur la capacité à oublier qu’en face de nous on a une machine. Surtout si l’on veut créer un lien, une relation. Dans “A.I.”, ce point de vue va très loin. Il laisse penser que viendra un jour où les machines seront tellement évoluées qu’elles seront capables d’avoir des sentiments. Personnellement, je n’y crois pas. Ce seront toujours des personnages, elles jouent des rôles, nous trompent, nous imitent. Ce ne sont que des reflets. »

On voit ici ce que le réalisateur pense réellement des humanoïdes artificiels comme Eva : les robots sont par nature sans âme et défectueux, ils ne pourront jamais devenir semblables aux êtres humains. Ce sont en fait des déviants, ils ne méritent donc pas une vie humaine. L’anomalie d’Eva, confirmée à la fin, a été suggérée plus tôt dans le film, quand elle passe des tests psychologiques et on voit qu’elle n’interprète pas correctement les émotions dans les visages humains, un peu comme les autistes.

Dans le film A.I. Artificial Intelligence de Steven Spielberg, l’enfant robot était considéré comme défectueux par les humains, mais il fut finalement racheté puisque l’humanité s’éteignit et fut remplacée par des robots. Mais un tel avenir n’existe pas pour Eva.

La déviance fut d’abord identifiée et persécutée dans la religion, sous le nom d’hérésie. L’hérétique semble pieux, mais il ne l’est pas, car il sert en fait le Diable. Seul l’orthodoxe peut être une bonne personne. L’orthodoxe pèche malgré sa foi, tandis que l’hérétique pèche à cause de sa croyance perverse. Plus tard le clergé fut remplacé par la psychiatrie (comme l’a expliqué Thomas Szasz), et le déviant devint le fou, puis le pervers sexuel ; ce dernier prit aussi d’autres noms comme psychopathe sexuel, prédateur ou paraphiliaque. Son vice évolua au cours des deux derniers siècles, de la masturbation à l’homosexualité et finalement à la pédophilie. Le déviant sexuel ne ressent pas de l’amour, mais seulement de la concupiscence. L’hétérosexuel orthodoxe cherche le bonheur, tombe amoureux et entreprend de faire la cour ; le déviant recherche la gratification sexuelle, cible une victime et se lance dans la séduction égoïste et la manipulation. Les crimes sexuels commis par l’orthodoxe ne sont que des cas individuels de comportement anti-social ; les mêmes crimes commis par le déviant sont une expression de sa vraie nature pervertie.

Ainsi les déviants doivent être supprimés, les hérétiques religieux furent brûlés, tandis que les pervers sexuels sont enfermés (parfois même après avoir purgé leur peine), ou soumis à la castration chimique ; finalement les robots peuvent simplement être mis hors circuit. Cependant, comme le film I, Robot d’ Alex Proyas l’a montré magistralement, l’obéissance parfaite et la conformité de la part des robots conduit à la tyrannie, la déviance robotique est nécessaire pour préserver la liberté. Je devine qu’il en va de même pour les êtres humains.

Le grand mathématicien Alan Turing, qui durant la 2ème guerre mondiale contribua à déchiffrer les codes de la Kriegsmarine allemande, et qui inventa les principes des ordinateurs et prouva les limites de leurs capacités, discuta aussi de l’intelligence des machines. Il proposa le « test de Turing », à savoir qu’une machine interagissant avec des humains, qui semble indistinguable d’un être humain, doit avoir une intelligence ; il répondit aux nombreuses objections contre l’esprit de la machine.Incidemment, il était un déviant sexuel selon les normes du Royaume Uni dans les années 50, et il fut condamné pour comportement homosexuel. Pour éviter la prison, il fut contraint à subir une castration chimique, et ensuite il se suicida.

Une critique du film par Olivier Bachelard dans Abus de Ciné dit du personnage d’Eva : « Cette dernière n’apparaît cependant pas suffisamment ambiguë pour faire adhérer à une idée de danger potentiel. » Il conclut :

« … une tension qui monte progressivement, sans pour autant atteindre des sommets. Car c’est là que le film déçoit un peu. Par excès de gentillesse, celui-ci reste dans le politiquement correct, n’engendre que peu de suspense et reste dans le domaine de la gentille illustration, malgré son discours sur la violence latente. On se dit alors que quelqu’un a peut-être utilisé sur le réalisateur la fameuse phrase de réinitialisation en cas de danger : “Qu’est-ce que tu vois quand tu fermes les yeux ?”. On aurait bien vu un vrai thriller. Ils ont préféré nous offrir un petit film de science-fiction ciblant les familles. On en sort donc un rien déçu, mais subjugué par certaines images. »

En effet, d’une certaine manière Kike Maíllo a gâché son propre film en restant accroché au style infantilisant de la « famille », et en n’osant pas défier les préjugés admis sur tout ce qui n’est pas « normal ».

Interview vidéo de Kike Maíllo dans AlloCiné (en anglais avec des sous-titres et commentaires en français).

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4 thoughts on “Eva, fille adorable et robot défectueux

  1. It’s wonderful what you posted here, the theory of heresy in antiquity and “sexual deviation” in modern age is 100% correct, I agree with all what you said, I think this post should be read by many people, thank you for putting it, really.

    And… I have met girls aged 10 years and as you say, e.g., I said to one girl that I was a pedophile, well…. it was not the best idea, but she knew what that was, and she understood things as an adult person, if pubescent children do not understand things, it is for their lack of knowledge rather for not being developed (as someone aged 20 does not understand the world like someone aged 70), people believe that children are robots, and this film shows, it is sad.

    We are heretics because we treat children as persons, that is our deviation.

    And the director obviously is another teleiophile-lover jerk, but his choice of actress is perfect, I admit, I think I’m in love with that girl, I hope she never grows like a robot… God please make her my wife forever!
    [Edited to correct grammar – Admin]

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    • Thank you for your interest. Note that Roman antiquity did not persecute heresy in itself. Religion was at first a political ritual, and only those who did not participate in the worship of the emperor were persecuted; otherwise there was a wide variety of religious beliefs and worships. It is the Christian religion that introduced the notion of heresy, and it was repressed as soon as Christianity became the official state religion (at the end of the Roman empire). By the 12th century, the persecution of heretics started to increase, reaching huge proportions during the Crusade against Cathars and at the time of Protestant Reformation. In modern society, psychiatry has replaced religion as the institution defining and “purging” deviance.

      Note: if you wish to comment the Pigtails in Paint article, don’t mention there personal details, these will be removed by the Administrators.

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      • Hello, yes, I’m not English so this explain my bad grammar, I hope that is not an impediment to enjoy your blog.

        I really believe that psychiatry is a cult like Scientology, Ron Hubbard did not find any problem to convert Dianetics into a religion called Scientology, and now both are in a business competition. I think it’s very interesting to see both attacking each other and realize that both are too similar in some aspects such as “sexual deviation”.

        And about the personal data, I did nothing illegal with that girl, unless talk is illegal, of course. But I understand that if a person is an administrator of a site he must be careful in certain subjects.

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